Veuve et libre 3/5

Publié le par Sélène Alys

Elle avait cru qu’elle aurait droit à une nuit de répits. Il n’en fut rien.
Elle avait fui Aidrian depuis si longtemps qu’il était plus que pressé de le lui faire payer.
Il l’avait faite jeter dans cette pièce où elle avait été enfermée des jours et des nuits durant, des mois plus tôt. Sans fenêtre, totalement insonorisée, elle s’était retrouvée sourde et aveugle, sauf aux moments où on lui apportait à manger et où son mari venait la voir. Il espérait la briser. Il pensait qu’en la faisant souffrir, elle finirait par lui céder.
Il n’avait même pas remarqué qu’à chaque fois que la porte s’ouvrait, elle était un peu plus en mauvais état que la précédente. A force de frapper les murs, de les griffer, d’essayer de creuser la terre, elle avait brisées ses mains et ses pieds.
Après plusieurs semaines de ce traitement, il avait failli parvenir à ses fins. Elle aurait été prête à tout pour qu’il lui permette de sortir de cette pièce, de voir de nouveau le soleil, de sentir l’air frais sur sa peau.
Elle criait, elle pleurait, elle suppliait lorsque la porte s’était de nouveau ouverte. Mais pas grâce à Aidrian.
Contrairement à cette nuit. Il l’avait laissée enfermée moins d’une heure. Le temps pour lui de se changer, d’après ce qu’elle vit dans l’encadrement de la porte, et de boire, d’après l’odeur.
Elle s’attendait à ressentir la même terreur que des mois plus tôt à chaque fois qu’elle entendait les gonds grincer, que la lumière à laquelle elle n’était plus habituée brûlaient ses yeux, qu’elle reconnaissait la silhouette de son époux. Cette fois-ci, il n’en était rien.
Grâce à Iul, elle était plus forte, mentalement comme physiquement.
Elle pouvait le supporter.
Elle devait le supporter.
Il s’approcha, s’agenouilla devant elle. Son sourire était aussi cruel que lorsqu’il avait compris qu’il avait tous les pouvoirs sur elle. Il tendit une main pour la passer sur les chaines qui reliaient ses poignets au mur, laissant échapper un petit soupir moqueur. Il ne remarqua même pas les vieilles cicatrices qui déformaient ses poignets, stigmates de sa lutte incessante.
-Tu es revenu à ton point de départ, mon amour, railla-t-il. Tu as quitté cette demeure enchainée, tu y reviens enchainée.
Il posa ses doigts sur la main de Clélia, laquelle ne put retenir un mouvement de recul. Il la dégoutait encore plus qu’à l’époque.
-Inutile de réagir ainsi. Nous avons conclu un marché, tu te souviens ? Je libère ton complice, et toi…
Il fit remonter sa main le long de son bras, en un simulacre de caresse amoureuse qui donnait à sa captive envie de vomir.
-Il n’est pas mon complice, répliqua-t-elle, tentant de repousser les affreuses images qui lui venaient à l’esprit devant les gestes de son mari.
-Vraiment ? Qu’est-il, alors ?
Il connaissait la réponse. La lueur mauvaise dans son regard ne laissait aucun doute là-dessus. Il attendait qu’elle le lui dise, pour pouvoir laisser libre cours à sa cruauté.
Les coups, pour le moment, seraient le moindre de ses maux.
Elle planta son regard dans celui de son mari, puisant dans toutes ses forces pour faire preuve d’assurance et répondit du ton le plus neutre qu’elle put :
-Il est mon amant.
Il la gifla, comme elle s’en doutait. En revanche, elle ne s’était pas attendue à une telle violence. Sa tête pivota sur le côté, son crâne heurta le mur, ses dents s’entrechoquèrent violemment, la laissant légèrement désorientée.
Retenait-il ses coups, à l’époque ? Peut-être. Prendre une femme défigurée et non-consentante, à ce moment-là, ne l’intéressait pas.
Visiblement, Clélia n’était pas la seule à avoir changée.
Il la saisit au menton pour la forcer à le regarder, serrant ses doigts plus que nécessaire. Elle sentait sa chevalière lui rentrer dans la mâchoire, serra les dents pour ne pas lui montrer qu’elle avait mal.
-Ce type t’a touchée, Clélia ?
Ses yeux étaient emplis d’une incroyable malveillance, qui la confortait dans l’idée qu’elle avait eue raison de le fuir… et tort de revenir.  
Elle lui rendit son regard, bien décidée à lui prouver qu’elle n’était plus la petite chose terrifiée qu’elle avait été.
-Oui, répondit-elle en desserrant à peine les lèvres.
Il rapprocha son visage du sien, près, beaucoup trop près. Il emplissait son champ de vision, sa brutalité la traversait de part en part.
Un instant, la terreur qu’elle avait éprouvée auparavant l’assaillit. Elle sentit son corps trembler entre les mains de son mari. Cela n’échappa pas à Aidrian, bien sûr. Il pencha la tête de côté, satisfait de sa réaction.
Et pourtant rendu furieux pas sa déclaration.
Il l’attira un peu plus vers lui, de façon à pouvoir lui parler à l’oreille. Le souffle aviné lui brûla la peau, mais ce n’était pas ce qui l’effraya le plus : Aidrian avait posé une main sur sa hanche, et malgré la douleur des blessures qu’elle portait et que nul ne soignerait sans le consentement de son maître, ce n’était pas cela qui la transforma en bloc de glace. Le contact des mains d’Aidrian sur sa peau blessée était insupportable. Pourtant, elle n’avait pas mal. Elle n’avait plus mal.
Depuis longtemps.
-Bientôt, tu regretteras de l’avoir laissé te toucher, Clélia. Et ce bien avant que le soleil ne se lève.
Instinctivement, elle resserra les cuisses. Si l’Aidrian qu’elle avait quitté voulait l’avoir inerte entre ses draps, elle sentait que celui qu’elle avait retrouvé apprécierais de la voir se débattre. Ce qu’elle ne pourrait s’empêcher de faire.
Elle ferma les yeux, pensant à Iul. Souhaitant qu’il  ne fasse rien de stupide.
Et en même temps, espérant qu’il ne la laisse pas entre les immondes mains de son époux.
Lequel la gifla de nouveau. Elle rouvrit les yeux.
Aidrian se leva, sortit de la pièce. Elle ne se laissa pas aller à de l’espoir… et bien lui en prit. Car au lieu de refermer la porte et de la laisser seule dans le silence et l’obscurité, il ordonna qu’on la mène dans la grande cours.
Elle espérait pouvoir supporter ce qui l’y attendait.
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Publié dans Nouvelles : autres

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