Veuve et libre 2/5

Publié le par Sélène Alys

Pour appuyer ses dires, elle appuya la lame sur sa peau. Une petite douleur, et le sang se mit à couler le long de sa gorge. Rien à côté de ce qu’Aidrian lui avait déjà fait subir.
-Ma femme qui m’a quittée depuis des mois et que je croyais déjà morte, répliqua celui-ci. Mérites-tu réellement que je laisse le voleur le plus recherché du royaume m’échapper ?
Oui. Non. Elle savait la valeur qu’elle avait aux yeux d’Aidrian… tant qu’elle restait en vie. Morte, elle ne lui était plus d’aucune utilité.
Elle ne put empêcher sa respiration de s’accélérer dangereusement, tout comme les battements de son cœur. Une grande froideur envahie son estomac, ses jambes perdirent de leurs force, son bras se mit à trembler sans qu’elle ne puisse y faire quoi que ce soit. Pourtant, lorsqu’elle parla, elle espéra avoir fait preuve d’assurance :
-Je reviendrais vers toi si tu le laisses s’en aller.
Un grognement dans son dos. Elle vit l’épée d’Iul pointer près de sa cuisse alors qu’Iul quittait la chaleur de son dos pour se poster à ses côtés. Elle osa à peine lui jeter un œil : quitter Aidrian des yeux lui semblait une erreur à ne pas commettre. A ne plus commettre.
Iul voulait encore se battre… non, il préférait se battre plutôt que la laisser retomber entre les mains de son mari. Le cœur de Clélia se réchauffa à cette pensée. Pour se glacer lorsqu’elle remarqua les blessures de son amant : ses bras, ses jambes, son torse étaient parsemés de coups de lames. Il  ne tenait plus debout que par la force de sa volonté… se battre lui était désormais impossible.
Tout comme elle.
De sa main libre, elle saisit le bras d’Iul, comme pour lui signifier que tout irait bien. Ce qu’elle était loin de penser. Il se figea, l’épée dressée devant eux.
-Tu pourras faire ce que tu veux de moi… une fois qu’il sera libre.
Elle ne pouvait pas tourner la tête vers Iul. Elle ne voulait pas lire dans son regard le même désespoir que celui qui l’habitait en cet instant même.
Un sourire cruel étira les lèvres d’Aidrian. Comme elle le haïssait…
-Tout ce que je veux ? répéta-t-il avec un insupportable accent graveleux.
Le foulard sombre qui masquait le visage d’Iul se tendit comme s’il ouvrait la bouche pour parler… mais elle fut plus rapide :
-Oui, Aidrian. Tout ce que tu veux.
Avec ces quelques mots, elle venait de sceller sa fin. Iul n’avait d’autre choix que de la laisser partir avec Aidrian. S’il faisait le moindre geste pour l’en empêcher, ils mourraient tous les deux. Et elle espérait qu’il tenait suffisamment à leurs deux vies pour ne rien tenter.
Sans la quitter de son regard malveillant, il ordonna à ses hommes de se rassembler derrière lui.
Et de les escorter, lui et son épouse, jusqu’à leur demeure.
*
Iul surgit dans la maison familiale comme un ouragan. Même si son sang maculait le sol, il n’avait que faire de ses blessures. Il passa devant sa mère effarée, devant son père sidéré, pour se rendre dans le grenier. Un endroit où nul n’allait plus depuis des années, un endroit où il cachait tout ce qui lui avait servi au cours des derniers mois… et tout ce qu’il avait volé. De l’or, de l’argent, des bijoux, des objets d’arts… tout ce qu’il avait volé et n’avait pas encore revendu se trouvait ici.
Y compris des armes.
Il tira de son fourreau une épée de bonne taille, à la lame finement gravée. Elle appartenait au seigneur de ces terres… qu’arriverait-il s’il la passait en travers du corps d’Aidrian ? Croirait-on que leur seigneur était responsable ? Réaliserait-on qu’il était coupable ?
Bien sûr… avec ce qu’il s’était passé cette nuit, on remonterait forcément jusqu’à lui. Et on forcerait Clélia à parler, à donner son nom, son identité, son adresse…
Il devait reprendre ses esprits. Il ne se passerait rien cette nuit : les gardes et Aidrian les avaient poursuivis pendant des heures, tout le monde était épuisé. Même cet homme avait besoin de repos…
Il se laissa tomber sur le sol, l’épée cliquetant à ses côtés. Il enfouit son visage entre ses mains, incapable de réfléchir correctement.
Il devait la sortir de là. La sauver. Avant qu’Aidrian ne pose les mains sur elle.
Il serra les poings, se griffant le front au passage.
Il l’avait abandonnée. Il l’avait laissée entre les mains de ce monstre qui l’avait tant fait souffrir, et il était parti.
Le fait qu’on l’ait maintenu à terre pendant qu’on l’emmenait, le fait qu’elle serait morte avec lui s’il avait attaqué n’entrait pas en ligne de compte. Il l’avait abandonnée.
Il devait aller la chercher.
Il se redressa, bien décidé à attaquer de nouveau la demeure d’Aidrian. Il y était entré une fois, il recommencerait.

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Publié dans Nouvelles : autres

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