Le pirate et l'Exorciste 1 - Bienvenue à la mort du temps 4/8

Publié le par Sélène Alys

Plusieurs jours passèrent ainsi. Sandra ne voyait le mousse que quelques fois par jours, lorsqu’il venait nettoyer la cale, lui donner à manger et récupérer son plateau. Le reste du temps, elle était seule avec les fantômes, qui essayaient sans cesse de la persuader d’attaquer le mousse.
Elle n’arrivait pas à parler avec lui. Il évitait son regard et ignorait ses propos. Elle n’était même pas parvenue à apprendre son nom. Pas de sa bouche en tout cas.
[Faolan n’est qu’un traitre, disait les fantômes. Si notre capitaine savait ce qu’il a fait, il le jetterait par-dessus bord et le laisserait dévorer par les requins !]
Sandra ne savait toujours pas pourquoi les fantômes vouaient une telle haine au mousse, et ne savait pas si elle avait vraiment envie de savoir. Il avait l’air si triste et soumis qu’elle l’imaginait mal être responsable du moindre mal.
Un jour, alors que Faolan repartait, le plateau vide de Sandra sous le bras, Ulf descendit la voir.
Les moins croisées dans son dos, il la toisa avec méchanceté.
En entendant ses pas, elle s’était relevée. Maintenant, elle époussetait la robe qu’elle portait, de la même couleur que ses cheveux, en regrettant de porter un bustier blanc à la limite de la transparence, pour se donner une contenance. Difficile lorsque l’on se trouvait dans une cage à peine assez large pour soi.
-Ainsi, vous n’avez aucune valeur, dit-il sans préambules.
Elle tira sur son bustier pour masquer ses seins. Elle s’y était attendue. Ca avait juste été plus long que prévu.
-Votre père ne paiera pas pour vous. Les Exorcistes se fichent de votre existence.
Il soupira théâtralement.
-Qu’allons-nous bien pouvoir faire de vous ?
Il recula d’un pas, attendant la réponse de Sandra. Qui ne vint pas. Elle ne voulait pas lui donner des idées.
Il n’avait pas besoin d’elle pour ça.
-Puisque vous ne nous rapporterez rien, et que mon équipage est agité depuis que vous êtes ici, je vais me voir dans le regret de vous abandonner à eux.
Il sourit cruellement.
-Il faut bien vous trouver une utilité, n’est-ce pas ?
Sur ces mots, il quitta la cale.
Elle aurait voulu lui crier qu’une Exorciste avait bien plus d’utilité. Qu’elle était capable de bien plus que de faire se déplacer les cadavres de rats. Qu’elle était capable de supporter le prix à payer.
Sa gorge était bien trop nouée pour que le moindre son ne quitte sa gorge.
[Ca vous apprendra à ne pas nous aider, fit l’un des fantômes.]
-Qu’est-ce que ca aurait changé ?
[Rien, sans doute, répliqua l’autre. A part que nous ne nous réjouirions pas de votre situation.]
Elle détourna le regard. Il lui semblait maintenant entendre des pas derrière la porte de la cale. Nombreux. Inquiétants.
Elle s’était résignée à mourir sur ce bateau. Pas à y souffrir.
Elle aurait voulu faire bonne figure. Pourtant, elle recula dans l’angle le plus éloigné de la porte – malheureusement, seulement à quelques centimètres derrière elle – et se recroquevilla sur elle-même. Elle rassembla ses jupes autour d’elle, serrées, comme s’il y avait une chance pour que ca la protège.
La porte s’ouvrit et des rires gras lui parvinrent. Un gémissement lui échappa.
Des hommes descendirent dans la cale. Grand. Gros. Gras. Plus forts qu’elle. Infiniment plus fort.
Elle chercha des cadavres à relever, pour la défendre. N’en trouva pas.
Les hommes approchaient. Déjà, ils retiraient leur ceinture. Dans une main brillait la clef de sa cage. Dans une autre un poignard.
-Aidez-moi, murmura-t-elle.
Les fantômes se rapprochèrent, mêlant leurs rires graveleux à ceux des pirates en approche.
La clef entra dans la serrure.
-Aidez-moi, répéta-t-elle dans un souffle.
[Nous ne pouvons pas le faire, Mademoiselle. Nous sommes des fantômes]
Comme pour prouver ses dires, celui qui venait de parler passa la main à travers le pirate qui ouvrait la porte de la cage.
-Je vais vous donner de la substance. Vous pourrez les frapper.
[Pourquoi le ferions-nous ? Ce sont des amis.]
Le pirate entra dans la cage avec elle, la saisi par une cheville. Elle commença à se débattre, de manière totalement désordonnée.
-Je vous donnerez assez de corps pour vous venger de Faolan ! s’écria-t-elle alors qu’elle glissait sur le sol et qu’on lui écartait les cuisses.
-Qu’est-ce qu’elle raconte ? grogna le pirate qui attendait son tour.
-Aucune importance.
Alors qu’il la maintenait en position, il commença à baisser son pantalon.
[Les Exorcistes n’ont qu’une parole, à ce qu’il parait]
Elle prit ça pour un accord. Elle alla puiser dans ses dernières forces, occultant ce qu’il était en train de lui arriver, pour donner corps aux fantômes.
[Aaaah ! Ca fait du bien !]
Elle commençait à perdre pied. Les fantômes allaient être obligés de se battre sans elle.
Ils frappèrent leurs ex-camarades dans le dos. Ceux-ci voulurent se retourner contre eux, mais leurs poings passèrent au travers des corps aux contours tremblotants des fantômes.
Lorsqu’au cours du combat, leur rage s’apaisa et qu’ils comprirent ce qu’il se passait, ce qu’ils étaient en train de combattre, les pirates s’enfuirent en hurlant et en courant.
Avant de sombrer dans l’inconscience, avant de payer le prix de ses efforts, Sandra eut le temps de susurrer un faible « merci » aux fantômes.

 

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