Le pari

Publié le par Sélène Alys

Elle avait bu. Beaucoup. Sirio, assis de l’autre côté de Leent, la regardait du coin de l’œil, et bien qu’il n’ait pas vu les verres se vider les uns après les autres, il savait reconnaitre la lueur dans son regard.  Aata n’avait pas encore trop bu, mais ça ne saurait tarder.

Il la regarda tendre le bras vers la table, saisir son verre – plein, de nouveau – et le porter à ses lèvres. Elle le vida d’une traite, sans la moindre hésitation. Leent, la seul personne à faire obstacle entre eux deux,  la regarda faire sans tenter de l’en empêcher. Forcément, elle avait pris soin de s’installer pour la soirée à une distance suffisante pour que Sirio puisse la surveiller sans pouvoir intervenir. Non pas qu’Aata soit une alcoolique… non, elle profitait juste honteusement de toutes les fois où il était présent au cours de leurs soirées. Elle faisait alors ce qu’elle n’osait pas faire en l’absence de son meilleur ami. Y compris boire plus que nécessaire. 

Elle avait une confiance absolue en lui, et il en était plus que flatté. Mais c’était parfois gênant. Comme ce soir, où il aurait préféré draguer la jolie brune qui l’observait depuis l’autre côté de la salle avec insistance.

Aata reposa bruyamment le verre sur la table.

-Tout va bien ? lui demanda Leent, à ses côtés. Elle regarda sa montre. Regarda Leent. Dévia sur Sirio. Ses yeux pétillaient de malice, un sourire s’étendit doucement sur ses jolies lèvres. 

Puis, sans crier gare, elle se jeta sur les genoux de Leent, glissa la tête sous la table et, tendant les bras, se retrouva les pieds battant l’air, ses talons aiguilles frôlant le crâne de leur ami à chacun de ses gestes. Celui-ci baissa la tête pour les éviter, saisit ses jambes d’un bras pour l’immobiliser, l’autre posé sur ses fesses… soi-disant pour la stabiliser. Sirio s’apprêtait à intervenir lorsqu’il entendit un rire graveleux monter de sous la table, assorti d’une pression sur ses pieds.

-Qu’est-ce qu’elle fait ? marmonna-t-il en repoussant la nappe pour mieux la voir. Les bras tendus, elle essayait de défaire les lacets de ses chaussures. Il voulut se dégager, mais elle s’accrocha et serait tombée des genoux de Leent si celui-ci ne l’avait pas retenue.

-J’ai gagné ! s’exclama-t-elle. J’ai le droit.

-Gagné ?  Elle leva la tête vers lui, sans cesser de tirer sur ses chaussures :

-Ça fait un mois, j’ai gagné.

Elle releva le bas du jean de Sirio, comme si cela allait l’aider à mieux lui arracher ses chaussures. Leent intervint en la forçant à revenir sur la banquette. Il ne parvint pas pour autant à la faire se rasseoir : à quatre pattes au-dessus de ses genoux, le visage à quelques centimètres de celui de Sirio, elle dit :

-J’ai gagné notre pari. J’ai droit à ma récompense. Elle saisit sa chemise et entrepris d’en défaire les boutons : -Ça ne fait pas encore un mois, s’exclama Sirio en essayant de la repousser.  -Il est minuit. Je n’ai pas touché à un seul gramme de chocolat depuis un mois : j’ai gagné et toi tu dois respecter ton engagement. 

Elle tira d’un coup sec sur la chemise, et le bouton du haut sauta. Sirio ne parvint à s’échapper qu’en sautant par-dessus le dossier de la banquette sous le regard amusé de Leent. Aata se plaça à genoux, les bras appuyés sur le dossier en question : -Tu ne vas tout de même pas te défiler !

-Tu ne veux tout de même pas que je fasse ça ici ! Encore une fois, les yeux de la jeune femme pétillèrent, et il parla avant qu’elle ne réponde :

-Je ne me défile pas. Mais je préfère que nous soyons seuls.

-Pourquoi ? Toutes les filles de cette salle apprécieront, j’en suis sûre.  Il promena son regard sur le restaurant, croisa celui, interrogateur, de la jolie brune, avant de le reporter sur son amie.
-Je n’en suis pas si sûr. Et je ne ferai pas ça ici. 

-Si tu ne le fais pas maintenant, tu ne le feras jamais.

Il hocha la tête. Elle avait raison, bien sûr, mais lui, contrairement à elle, n’était pas encore assez alcoolisé pour accepter de monter sur la table. Il se rapprocha précautionneusement de la banquette, se pencha en prenant appui sur ses cuisses pour se porter à la hauteur de la jeune femme :

-Très bien, je vais payer le prix de ma défaite. Mais pas dans un restaurant.

Il désigna la rue de la tête :

-Si tu me laisses dix minutes, je vais voir si je peux réserver une salle à côté.

Par à côté, il entendait la boîte de nuit dont la musique raisonnait dans la rue dès que la porte s’ouvrait. Elle accepta. La boîte aussi. Une demi-heure plus tard, Aata était assise dans un fauteuil rembourré, entourée d’une pièce au décor aussi tahitien que son prénom, un verre évasé en main, les yeux pétillants. Sirio, quant à lui, était monté pieds nus sur l’estrade où la barre de pole dance avait été déguisée en palmier. 

-Je n’aurais jamais dû faire ce pari, marmonna-t-il dans sa barbe, observant l’arbre comme s’il était son plus grand ennemi.

-Mais si, tu as bien fait, répondit Aata.

Les jambes croisées, elle attendait avec impatience qu’il commence.  Une main enroulée sur la barre, il tourna un instant autour d’elle à la recherche de l’inspiration. C’était bien la première fois qu’il allait faire un striptease.  Quelle idée lui était bien passée par la tête pour lui promettre ça si jamais elle parvenait à se retenir pendant un mois de toucher à du chocolat ? Et quelle idée lui était passée par la tête à elle pour accepter ?  Il ferma les yeux en tentant de faire remonter ses quelques souvenirs à la surface. Il supposait qu’un strip masculin ne se faisait pas comme les féminins dont il avait l’habitude… Prendre l’exemple de Full Monty ne lui semblait pas une bonne idée non plus. Il rouvrit les yeux. Aata le fixait avec attention. Bon. Puisqu’il fallait y aller…

*

**

Aata n’avait pratiquement pas bu. Mais elle savait parfaitement faire semblant. Elle avait supposé que cela aiderait Sirio de s’imaginer qu’elle ne se souviendrait peut-être de rien le lendemain.  Il tournait autour de la barre comme un oiseau de proie. Hésitant, évidemment. Elle le suivait du regard, de plus en plus impatiente. Elle n’avait jamais cru que son meilleur ami tiendrait parole, mais maintenant qu’ils étaient à pied d’œuvre, elle allait en profiter jusqu’à la dernière seconde ! 

Leurs regards se croisèrent. Il lui sourit. Ce sourire à lui seul aurait suffi à la mettre dans l’ambiance : il ne se rendait pas compte de l’effet qu’il pouvait avoir sur les femmes, avec ses fossettes et sa séduction naturelle. Et elle s’était bien gardée de le lui avouer durant toutes ces années d’amitié.  Elle aspira un peu de son cocktail sans alcool à travers sa paille. La musique raisonnait dans la pièce, couvrant les impatients battements de cœur d’Aata. Il commença. D’abord hésitant, il parvint à se mettre dans l’ambiance assez vite, tournant et ondulant autour du palmier avec aisance et fluidité. Malgré sa carrure, Sirio avait toujours eut une élégance gestuelle, et il le prouvait encore cette nuit : là où n’importe qui aurait été ridicule ou vulgaire, lui avait tout simplement une classe embellie par la sensualité naturelle qu’il avait toujours dégagée.  Lorsqu’il porta la main aux premiers boutons de sa chemise, elle posa son verre sur la petite table stylisée installée juste à côté de son fauteuil, les yeux grands ouverts. Les jambes ramenées devant elle, les bras passés autour de ses genoux, elle oublia tout ce qui l’entourait pour ne se concentrer que sur lui.  Il en détacha un, mais se tourna avant qu’elle puisse voir quoi que ce soit. De dos, ondulant le bassin en lui donnant une superbe vue sur son fessier plus qu’avenant, il détacha sa ceinture et la lança au loin.

Elle se mordit la lèvre. Elle anticipait et deviner plus que ce qu’elle voyait pour le moment, et elle était aussi impatiente que s’il ne lui restait déjà plus que son boxer à retirer. Il se tourna de nouveau vers elle, défit les boutons de sa chemise un à un, lentement, en plaçant les pans de façon à masquer son torse jusqu’au dernier moment. Il avait le visage baissé, et tout ce qu’elle pouvait en voir était son irrésistible sourire, jusqu’à ce que, encore une fois, il se retourne. Pour enlever sa chemise avec une lenteur insupportable, dévoilant une épaule après l’autre. Lorsqu’il la jeta loin de l’estrade, il ne se retourna pas immédiatement. Elle put admirer tout son saoul la puissante musculature de ce dos massif, la courbe de ses fesses qui plongeait sous son jean et en tendait agréablement le tissu alors qu’il ne cessait de se mouvoir… Elle le savait beau et bien fait, elle ignorait que c’était à ce point. Elle en eut confirmation lorsqu’il se tourna de nouveau vers elle, lui dévoilant un torse impressionnant… peut-être était-ce la partie de son cerveau légèrement embrumée par le peu d’alcool qu’elle avait bu, mais en suivant des yeux la courbe de ses pectoraux, le creux de ses abdos, elle eut soudain très envie d’être tout contre lui, de ne pas se contenter de regarder mais de toucher ce corps parfait, de l’embrasser, de laisser glisser sa langue le long de ses muscles, jusqu’à la ceinture de ce jean qu’elle mourrait d’envie de lui retirer… Comme s’il avait lu dans ses pensées, il saisit sa fermeture éclair pour l’abaisser, non sans cesser de se déhancher. Son regard accrocha ses doigts et elle suivit le mouvement sans s’en apercevoir. Il saisit les hanches de son jean et le fit tomber à terre, mais elle, son regard était fixé sur ce boxer qui dévoilait une bosse qu’elle rêvait de voir depuis que le pari avait été lancé.  D’un coup de pied élégant, il écarta son pantalon, puis saisit la barre de ses longs doigts. Il ondula autour d’elle, vêtu uniquement de ce boxer aussi frustrant qu’excitant. Tout aussi excitant que ses gestes, lents, délicats, sensuels, si sensuels qu’elle regretta de ne pas être devant lui, à la place du palmier, de ne pas avoir ses mains glissant le long de son corps nu, sous son regard pénétrant... Il se mouvait avec aisance autour de cette barre, et elle aurait voulu que ce soit autour d’elle, que ses hanches la frôlent elle, que ses cuisses s’enroulent autour des siennes, que ses mains… A la fin, elle n’y tint plus. Elle se leva, se portant jusqu’à la limite de l’estrade. Sirio s’immobilisa face à elle. Elle utilisa toute sa volonté pour le regarder dans les yeux. Il faisait chaud dans cette pièce, très chaud, la peau de Sirio luisait de sueur, mettait en valeur ce corps qu’elle n’aurait jamais cru aussi beau, aussi excitant, et il était très difficile pour elle de détourner le regard de cette goutte de sueur qui suivait le chemin que sa langue aurait voulu emprunter.

-Dans certaines boîtes de striptease, les clients peuvent toucher, dit-elle à voix basse, craignant presque que Sirio l’entende.

Il avait une lueur dans les yeux, un pétillement qu’elle ne parvint pas à interpréter. Il se pencha vers elle, peut-être pour s’assurer qu’elle l’entendrait, et murmura dans un sourire, d’une voix qu’elle ne lui connaissait pas, une voix chargée de promesses sensuelles :

-Je n’ai jamais dit que tu n’en avais pas le droit. 

Elle ne se le fit pas dire deux fois. Elle monta sur l’estrade et, alors que Sirio attendait, le visage penché vers elle, elle n’eut soudain plus le courage de le regarder dans les yeux. Au lieu de cela, elle posa une main hésitante sur son torse. Celui-ci ce contracta, et une chaleur bien connue se répandit dans son corps. Elle aurait dû résister – elle le devait – mais elle n’y parvint pas. Son autre main papillonna vers la taille de Sirio, tandis que la première glissait lentement le long de son torse. Finalement, elle ne put s’empêcher d’y déposer un baiser. S’il fut surpris, il ne le montra pas. Elle y vit un encouragement, et fit ce qu’elle rêvait de faire depuis qu’il avait mis le pied sur cette estrade : elle se laissa aller le long du corps de Sirio, ses mains, ses lèvres prises d’une frénésie sensuelle incoercible, jusqu’à mettre  un genou à terre, les mains plaquées sur les fesses de son ami, ses dents grignotant le rebord de son boxer. Cela parut le ramener à la réalité, car il saisit son visage pour le lever vers lui :

-Tu ne devrais pas, dit-il, sans vraiment y mettre du cœur. En réponse, elle saisit les bords du sous-vêtement et le tira vers le bas, sans déverrouiller son regard de celui de Sirio.  L’érection qu’elle devinait depuis de longues minutes s’épanouit devant elle, et elle ne put s’empêcher de la contempler.
-Tu as bu, marmonna Sirio, et moi aussi. Plus tard, tu risques de…

En faisant courir sa langue le long de sa verge, elle transforma la fin de sa phrase en un gargouillis incompréhensible. -Je n’ai pas bu, répondit-elle en prenant garde à ce que son souffle caresse son érection. Et je n’aurai pas le moindre regret.

Le baiser qu’elle déposa sur son gland eut raison des derniers arguments qu’il aurait pu lui opposer.

*

**

Ils avaient promis à Leent de revenir au restaurant avant de partir. Ils ne tinrent pas leur promesse. La lune brillait au firmament et le restaurant était fermé depuis de longues heures lorsqu’ils retournèrent à leur voiture. Sirio pensait qu’elle boirait trop et avait insisté pour l’amener. Il s’installa du côté conducteur et attendit qu’elle se place à ses côtés. Au lieu de cela, le regard d’Aata fut attiré par la vitrine qui faisait face à la voiture. Elle s’en approcha et observa les poussins, les poules, les œufs en chocolats magnifiquement ciselés qui s’y pavanaient.  Elle ouvrit la portière et, désignant la vitrine du doigt, demanda, un sourire coquin sur les lèvres :

-Un autre pari ?  

 

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