La chasse aux oeufs

Publié le par Sélène Alys

Les enfants, âgés de trois à dix ans, courraient partout autour de lui. L’association des enfants du quartier était parvenue à louer la moitié du parc pour ce lundi de pâque. Elle et les autres bénévoles avaient passés une partie de la matinée à cacher des oeufs en chocolats un peu partout dans l’herbe et, maintenant, les enfants et leurs parents les cherchaient dans une bonne humeur générale.
Béatrice était assise dans l’herbe, à côté de la caisse d’oeufs et chocolats qu’ils utilisaient pour remplacer ceux qui avaient déjà été trouvés. De l’autre côté se trouvait la cage de « Tout-doux », le lapin blanc qui faisait office de lapin de pâque. Les enfants étaient presque plus attirés par lui que par la chasse aux oeufs. Elle se chargeait donc de les canaliser, histoire de ne pas trop effrayer le lapin qui leur avait été confié pour la journée par son propriétaire. D’ailleurs, cet énorme lapin s’appelait en réalité Ramsès… allez comprendre.
Elle levait les yeux au ciel en se demandant pendant combien de temps encore les nuages sombres qui les surplombaient allaient tenir avait d’éclater lorsqu’elle sentit une petite main le tirer par son jean. Elle baissa la tête, pour se retrouver face à une petite fille d’environ cinq and, le visage inquiet.
-Je trouve plus mon tonton, dit-elle, les larmes aux yeux.
Elle leva un regard étonné vers la femme qui la tenait par la main.
-Je suis sa mère, expliqua-t-elle. Mon frère s’est éclipsée il y a dix minutes.
Elle s’accroupit à côté de sa fille pour lui expliquer gentiment – pour la énième vois visiblement :
-Sébastien va revenir bientôt. Il a dit qu’il n’en avait pas pour longtemps, tu l’as entendu. Ce n’est pas la peine de déranger Béatrice.
Voyant que la petite fille s’apprêtait à fondre en larmes – et sa mère à s’énerver – elle décida d’intervenir :
-Je vais aller le chercher.
Elle plongea la main dans la caisse pour en tirer un paquet d’oeufs en chocolats qu’elle tendit à l’enfant :
-Ta mère et toi, continuez à vous amuser. Je vous ramène Sébastien très bientôt.
A défaut d’avoir une utilité, cela lui donnerait un but. Elle attendait à côté de ce lapin depuis trop longtemps. Et puis, le sourire de la petite fille justifiait ce petit mensonge. Elle trouva donc un autre volontaire à coincer avec Tout-doux et s’aventura dans le parc. Elle y croisa de nombreuses familles, dont les parents bien que joyeux étaient généralement épuisés. Les enfants étaient couverts de terre, voire de boue pour ceux qui s’étaient un peu trop approché des rares cours d’eau que l’on pouvait trouver dans cette zone.
Les cours d’eau. Elle n’avait pas pensé à ça… si Sébastien s’était trop approchée de l’un d’entre eux, il pouvait être tombé dedans… Les parents étaient prudents envers leurs enfants, mais rarement envers eux-mêmes.
Il n’y avait ici qu’un seul endroit où une personne inattentive aurait pu chuter. Elle se dépêcha de s’y rendre.
Il s’agissait d’une rivière à la lisière de la zone délimitée pour la chasse aux oeufs. Il n’y avait normalement aucune raison de s’y rendre… sauf si on voulait échapper momentanément à l’énergie débordante – et épuisante – des enfants.
Elle se faufila à travers les arbres, prenant garde à ne pas glisser sur les feuilles entassées à leurs pieds. Il ne lui fallut pas longtemps avant d’atteindre sa cible. D’habitude, cet endroit était habité par des dizaines de canards et de caneton. Ce n’était pas le cas, et pour cause… ils avaient dû être effrayés par l’individu qui se trouvait assis dans l’eau.
Béatrice en resta bouche bée. Il ne semblait pas paniqué, bien au contraire… tranquillement installé sur une pierre affleurant, il lui tournait le dos. Trempé de la tête aux pieds. Comme si de rien n’était. Il bougea, et elle remarqua sans le vouloir les muscles qui roulèrent sous le t-shirt rouge trempé de l’homme. De ses cheveux bruns coupés courts perlaient des gouttes d’eau qui s’en détachaient pour aller rouler sous son t-shirt…
Il prit appui sur ses mains et… plongea. Sa tête disparue sous l’eau, pour en ressortir quelques secondes plus tard, face à elle, alors qu’elle s’était précipitée, incapable de déterminer s’il avait glissé ou si c’était volontaire.
Ses yeux bleus la trouvèrent instantanément et… il éclata de rire. D’un pas léger, il s’extirpa de la rivière.
-Vous ne devriez pas vous moquer, reprocha-t-elle. Vous m’avez fait peur.
Brun aux yeux bleus ? C’est injuste.
Difficile de résister à une telle combinaison, surtout quand elle s’assortissait d’un sourire doté de profondes fossettes. Et d’un corps pareil. Le t-shirt collait à la peau de l’inconnu, moulant parfaitement sa tablette de chocolat – c’était de rigueur un lundi de pâque – ses pectoraux et ses biceps saillant. Tellement parfait qu’il semblait… irréel.
-J’en suis désolé, s’excusa-t-il, une lueur d’amusement brillant encore dans ses yeux.
Même sa voix était belle. Vraiment injuste.
D’un bras, il saisit l’arrière de son t-shirt et, se penchant en avant, entrepris de le retirer.
Béatrice hésita. Se détourner pour éviter de l’admirer comme une midinette ou profiter de la vue ? Décidant qu’après tout, elle ne lui avait pas demandé de faire ça, elle ne bougea pas. Le t-shirt glissa sur la peau de l’homme, laissant derrière lui une trainée humide particulièrement exc… attirante. Il se redressa pour tirer sur ses bras :
-Je ne voulais pas vous effrayer, continua-t-il comme si de rien n’était. Je voulais seulement échapper un peu à la frénésie de ma nièce.
Encore ce sourire, comme si elle devait le comprendre. Et c’était le cas. Si sa nièce était aussi excitée que les autres enfants, ça devait être épuisant.
Sa nièce…
-Vous êtes Sébastien ? demanda-t-elle, se rappelant soudain la raison de sa présence ici.
Sans cesser de sourire, il hocha la tête :
-J’aurais dû m’en douter. Elle s’inquiète, n’est-ce pas ?
Béatrice hocha la tête, préférant prendre l’apparence d’une femme réprobatrice plutôt que de fixer ce corps parfait recouvert de gouttes d’eau qui descendaient toujours plus bas, jusqu’à ce jean qui le recouvrait et qui, lui aussi, s’était plaqué contre ses muscles…
-Oui, croassa-t-elle en essayant d’éloigner les images torrides que son imagination venait de faire naitre.
Il était difficile de retirer un jean trempé, n’est-ce pas ? Il n’y avait aucun risque pour qu’il le fasse devant elle, n’est-ce pas ?
Dommage…
-Vous devriez aller la retrouver. Elle a repris la chasse aux oeufs…
Il balança son t-shirt sur son épaule, projetant des gouttelettes d’eau qui vinrent mouiller le visage de Béatrice. Elle ne s’en aperçut même pas.
-J’y vais de suite.
Avec un autre sourire ravageur, il passa devant elle pour rejoindre la zone de chasse. Béatrice, elle, resta sous le couvert des arbres encore un peu.
Juste pour s’assurer que ses joues perdent leur rougeur, que son souffle ralentisse et que les battements de son coeur reprennent un rythme normal.

 

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