Jaguar - Partie 6/6

Publié le par Sélène Alys

« Ma chère Sonia.
Cela fait de nombreux mois que nous ne nous sommes pas vus. Et nous ne nous verrons plus jamais.
Lorsque tu es venue chez moi, lorsque tu as transmis le message à Gatita, celle-ci ne me l’a pas remis. A vrai dire, elle m’a transmis un message bien différent. Elle m’a dit que tu ne voulais pas faire parti de mon territoire et qu’ainsi, tu avais décidée de disparaitre de ma vie. Je l’ai cru. Je crois toujours Gatita. Pourtant, il y a quelques mois, elle m’a dit la vérité.
Castigo est venu te voir et t’as menacé. J’en suis désolé. Je voulais justement te protéger de lui. Je n’ai fait que l’attirer vers toi.
Aujourd’hui, j’espère que tu seras heureuse d’apprendre sa mort.
Je sais, je t’avais dit que je ne le tuerais jamais. Par culpabilité. Pourtant, c’est ce que j’ai dû me résoudre à faire. Pour te protéger. Pour protéger les gens qui vivent ici. Pour cesser ce massacre systématique qu’il commet partout où il passe.
Il m’a fallut longtemps pour accepter cela. Il a fallut que je te rencontre, et qu’il te mette en danger.
Pardonne-moi de ne pas être intervenu plus tôt. Des centaines de gens seraient encore en vie sinon.
Plusieurs fois, tu as essayé de savoir qui j’étais, ce que j’étais. Aujourd’hui, je vais te le dire. Je ne sais si tu me croiras. Peu importe. Aujourd’hui, je vais quitter la ville, et je veux que tu sache la vérité. Parce que je t’ai mise en danger. Parce que je t’aime. Parce qu’on ne laisse pas un être aimé dans l’ignorance.
Je pars pour te protéger, Sonia. Castigo me haïssait, mais il haïssait encore plus nos bourreaux. Il y en a d’autres, beaucoup d’autres, qui me haïssent plus que nos assassins. Je suis le seul jaguar, et c’est tout ce qui m’a permis de rester en vie tout ce temps. Mais s’ils se regroupent, si un jour ils parviennent à aller par-dessus leurs mépris les uns des autres, ils m’auront. Ils auront Gatita. Et ils t’auront, toi. Uniquement parce que tu me connais. En vérité, peu leur importe que tu connaisses notre secret. Le simple fait que tu portes mon odeur suffira à signer ton arrêt de mort. C’est pourquoi je pars. Je peux lutter pour ma vie loin de toi, mais près de toi c’est pour ta vie que je lutte.
Permet-moi de t’expliquer qui est Castigo. Il ne se nommait pas ainsi à l’époque, mais comme nous tous, il a changé de noms à notre disparition. Un nom espagnol, toujours, pour ne jamais oublier.  Castigo était un guerrier. Un vrai guerrier. Une force physique incroyable, comme tu as dû le remarquer quand il est venu te voir. A moins que tu n’en aies pas eut le temps. Je sais que depuis sa transformation, ses yeux ont un attrait des plus étranges. Moi-même je m’y suis laissé prendre plusieurs fois. Mais depuis le temps, j’ai appris à y lire la lueur de la folie et de la sauvagerie. A l’époque, les guerriers comme Castigo ne faisaient pas parti des hommes les plus intelligents. En revanche, il avait cette sorte de courage qu’aujourd’hui vous nommez idiotie. Il pouvait passer des jours seul dans la forêt amazonienne, et en revenir chargé de viande pour nourrir notre clan. Castigo était très respecté parmi les nôtres.
Gatita… Comme je te l’ai dit, Gatita est une amie d’enfance. Amoureuse de moi depuis tout ce temps, mais je n’ai jamais vu en elle autre chose qu’une petite sœur. Oui, j’aime Gatita. Elle était cueilleuse. Souvent, elle partait avec Castigo dans la forêt pour récolter des baies. Castigo l’aimait, je crois. Mais cette question ne s’est plus jamais posée par la suite. Jamais je n’ai réellement su ce qu’il pensait. Nous avons eut d’autres problème que des histoires de cœur à régler. Des problèmes bien plus graves.
Permet-moi de me présenter. J’étais à l’époque ce que tu appellerais un chamane, ou un prêtre. Ceux-là même qui pratiquaient les sacrifices animaux et humains. Nous faisions bien d’autres choses, bien sûr. Mais c’est ce que l’histoire à retenu de nous, et c’est pour ça que je n’ai pas supporté de participer plus longtemps à ces fouilles archéologiques. Résumer mon métier à cela m’insupportait. Comment ces gens pouvaient-ils parler de nous ainsi, sans savoir ? Tu sais, aujourd’hui je me rends bien compte que ce que nous faisions était terrible. Mais ce n’était pas la même époque, Sonia. Il y a plus de cinq siècle, nous, Incas, nous croyions à bien d’autres choses qu’à ce que ce monde si terre à terre croit aujourd’hui. Etre sacrifié était un honneur. Les sacrifiés étaient heureux de monter sur l’autel et de nous offrir leur sang. Ainsi, ils atteignaient un état divin dès leur dernier souffle.
Mais là n’es pas la question. J’étais un chamane, et Castigo n’avait rien à m’envier. En tant que chamane, je jouissais du même respect que lui. Lui nourrissait notre clan, moi je le protégeais des foudres des dieux.
J’avais une compagne. Chaska. Elle n’a pas survécu, contrairement à moi. Gatita t’a dis, je crois, que j’avais tout fait pendant ces cinq derniers siècles pour ne pas aimer. Elle a raison. Je ne voulais pas avoir à souffrir de la perte d’une autre femme.
Pendant que le peuple Incas étendait son empire, nous, petit clan à la lisière de la forêt, nous vivions en paix et en harmonie avec la nature et les Dieux.
Jusqu’à leur arrivée. Les conquistadors. Je ne te raconterais pas tout, car certains souvenirs feraient mieux de rester enfouis à jamais. Ils sont arrivés, avec leurs armes, leurs croyances et leur avarice. Nous les avons accueillit, et ils nous ont tués. Les uns après les autres, avec une sauvagerie que tu ne pourrais jamais imaginer. Certains membres de notre clan ont fuit. J’ai fuit, avec Chaska et Gatita. Castigo est resté. Il voulait se battre. C’était un guerrier. Il a finit par nous rejoindre, conscient de ne rien pouvoir faire tout seul.
Nous nous sommes enfoncés dans la forêt. Les conquistadors n’y connaissaient rien. Beaucoup d‘entre eux sont morts sans même qu’aucun Inca n’y soit pour quelque chose. On n’entre pas a l’aveuglette dans la forêt amazonienne sans eau, sans nourriture, et surtout sans savoir ce qui s’y cache.
Nous avons passés plusieurs semaines cachés, à chercher un moyen de lutter. Jusqu’à ce que nous rencontrions d’autres fuyards. Parmi eux, un chamane bien plus vieux que moi. Je lui devais respect et obéissance, et c’est ce que j’ai fait. Nous avons implorés les Dieux de nous venir en aide, alors que notre peuple périssait.
Et les Dieux nous ont répondus. Pense ce que tu veux, aujourd’hui encore, je continue à croire que ce sont eux qui nous sont venus en aide.
Castigo est allé en éclaireur dans un village dont nous savions que les conquistadors se rapprochaient. Nous voulions les sauver avant qu’ils n’arrivent.
Mais nous sommes arrivés trop tard. Castigo est arrivé trop tard. Lorsqu’il a mis le pied dans le village, tout était brulé, les rues jonchées de cadavres. Hommes, femmes, enfants… tous morts dans des souffrances que tu ne peux pas imaginer. Moi-même, j’en suis incapable, et pourtant, j’ai vus les corps. Oui, Sonia, je me suis rendu dans ce village, nous y sommes tous allés. Il est devenu le symbole de notre combat. Nous l’avons remis en état. Nous avions bien remarqué que beaucoup de chose avaient été volées, mais nous étions à cent lieux de nous imaginer que tout cela n’était causé que par avarice. Nous ignorions ce que voulaient les conquistadors et, au bout d’un certain temps, nous n’en avions plus rien à faire. Nous voulions juste les voir quitter nos terres.
Beaucoup de ce que vous appelleriez des réfugiés aujourd’hui nous avaient rejoints. Ils partaient se battre contre les conquistadors et revenaient, toujours moins nombreux.
Un jour, le chamane dont je t’ai parlé m’a fait une proposition. Mais il fallait un chamane pour réaliser cela. J’ai accepté avant même de savoir ce qu’il voulait faire de moi. Quand il me l’a dit, je lui ai certifié que c’était impossible. Mais le fait que je sois capable de t’écrire cette lettre aujourd’hui prouve bien que je me trompais.
J’ai suivies ses instructions. J’étais mort de peur. Ce genre de chose, il aurait pu la demander a Castigo, c’aurait parut normal. Mais à moi ? Un simple chamane ?
Pourtant, je l’ai fait. Je ne sais pas si je dois le regretter ou non aujourd’hui.
Je suis allé en forêt. Seul, armé d’une simple lance. Avec ma sensibilité d’aujourd’hui, je sais que je devais puer la peur et la viande fraiche. C’est sans doute cela qui a attiré le jaguar jusqu’à moi.
Pourquoi me fallait-il un jaguar ? Parce que d’après le chamane, c’était mon totem. Je n’avais donc d’autre choix que d’en affronter un.
Celui-ci était noir. Ce n’était pas la première fois que j’en voyais un, mais d’habitude il était plutôt mort.
Je suis resté figé par la peur. Il m’a sauté dessus et m’a tué comme il aurait tué n’importe quelle proie : en plantant ses crocs dans mon crane et en infligeant des dégâts mortels à mon cerveau. Savais-tu que c’est ainsi que le jaguar chasse ? Il a bien fallut que je m’y fasse, par la suite.
Il m’a tué. Mais je l’ai tué aussi, bien que je ne sache pas vraiment comment j’ai fais pour lui planter ma lance dans la poitrine avant qu’il ne m’achève.
Ce qui à suivi est indescriptible. Je ne sais pas ce que c’était… nos âmes, peut-être ? Quoi que soit une âme, d’ailleurs…
Je le sentît mourir. J’ai encore devant les yeux l’image du jaguar perçant mon crâne. Mais je me vois aussi, la lance brandie devant moi, si vulnérable, m’écrouler à terre et me transpercer le cœur de ma lance. Tu vois, ce n’est pas facile à expliquer.
L’instant d’avant j’étais mort, l’instant d’après, je me réveillais avec le souvenir de ma vie et de ma mort, tant en tant qu’homme qu’en tant que jaguar.
J’étais seul dans la forêt, et je ne savais pas ce que j’étais.
Homme ou jaguar ?
Je suis retourné au village, et c’est à la réaction des miens que je me suis rendu compte que j’étais un animal. Ils ont voulu me tuer, mais le chamane est intervenu. Aujourd’hui encore, je ne sais pas comment il a fait pour savoir avec certitude que ce jaguar noir, c’était moi. Quoi qu’il en soit, il m’a ramené. Il m’a appris à redevenir un homme. Il m’a entrainé. J’étais un homme neuf, Sonia. Je découvrais une force que je n’avais jamais eu, un odorat, une ouïe digne des plus grands prédateurs, une agilité que même Castigo ne connaissait pas. J’étais devenu un guerrier sans avoir jamais cherché à l’être.
Une fois que j’ai maitrisé ma nouvelle condition, j’ai pris la place de Castigo. Je partais en éclaireur, je me tapissais dans les ombres, je tuais des conquistadors, je revenais, et le lendemain, je recommençais.
Quand les conquistadors se sont mis à éliminer tous les jaguars qu’ils voyaient, nous avons décidé d’en faire d’autres. Les volontaires se sont montrés. Etonnamment, Gatita en faisait parti – elle prétendait me protéger – et Castigo, bien sûr, ainsi qu’une vingtaine d’autres. De ceux-là, il n’en reste aujourd’hui une quinzaine. Parmi eux, seule Gatita n’en veut pas à ma vie. Parmi eux, aucun d’entre eux n’avait le jaguar pour totem. Des jaguarondis, des oncilles, des marguay, oui, mais pas de jaguar. Il y a aussi quelques reptiles, qui s’accrochaient à ma fourrure pour se déplacer plus vite et frappaient comme l’éclair dans l’action. Mais pas un seul jaguar… Il semblerait que ce soit parce que j’étais un chamane, et que seuls les chamanes ont de si puissants totems. Je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, ça a fini par poser problème. Notamment avec Castigo. Avant que je devienne jaguar, j’étais respecté, mais pas comme lui. Alors qu’après… Je lui ai pris sa réputation, et son respect. Il s’est mit à me haïr. D’autant plus qu’il s’est sentit trahit de ne pas être lui aussi un jaguar. Le plus puissant des prédateurs de la forêt amazonienne… Mais nous n’avions qu’un seul but. Sauver notre peuple de la destruction par les conquistadors. Aussi a-t-il laissé de côté sa haine contre moi jusqu’à ce que nous ayons échoués. Jusqu’à ce que j’aie tout fait échouer.
Que je t’explique. Et c’et sans doute pour ça que je n’ai jamais voulu te dire la vérité. J’ai honte de ce que j’ai fait. Je ne pouvais pas prévoir, bien sûr. Mais au fond, tout est ma faute. J’ai  pris la mauvaise décision.
En tant que chamane et que jaguar, c’était moi le plus puissant de nous tous. Aussi, lorsqu’une décision devait être prise, c’était moi qui m’en chargeais.
Je t’ai parlé de ma compagne, Chaska. Une femme douce, patiente, mais très perturbée par cette guerre que nous menions. Chaska… Elle a fini par ne plus supporter ma condition. Je ne lui ai pas demandé son avis lorsque j’ai accepté l’idée du chamane. J’aurais peut-être dû. À force de me voir revenir la gueule, les griffes, la fourrure en sang, à force de me voir me transformer devant elle, elle a finit par me regarder comme un monstre. Elle a commencé par éviter de me regarder dans les yeux – nous ne nous rendions pas compte alors qu’ils avaient pris la couleur de ceux de notre totem – puis elle s’est mise à refuser de me laisser la toucher, puis de l’approcher… un jour, elle m’a fermée sa porte. Définitivement. Je ne comprenais pas. Tout ce que je faisais, je le faisais pour  notre peuple, mais aussi pour elle. Je l’aimais. Elle, visiblement, ne m’aimais pas assez pour supporter ce que j’étais devenu.
Après ça, Gatita m’a accueillit chez elle. Nous avons finit par nous rendre compte, elle, Castigo, et tous les autres, que Chaska n’était pas la seule à avoir changée d’attitude avec nous. Les enfants de Castigo avaient peut de leur père, le frère de Gatita refusait de lui adresser la parole. C’était ainsi pour tout le monde : lorsque nous arrivions, ils s’éloignaient. Lorsque nous leur parlions, ils faisaient semblant de nous écouter. Et, lorsque nous revenions recouvert du sang de nos ennemis, précédés par ceux que nous avions sauvés, ils nous adressaient un sourire hautain et se détournaient.
Nous… J’ai finit par ne plus le supporter.
Un soir, nous nous sommes rassemblés sur la place du village, et nous avons dit adieu à notre peuple. Parmi eux, seul le chamane avait l’air triste de notre départ. Aujourd’hui encore, je me demande si c’était parce qu’il savait ce qui allait se passer. Les vieux chamane comme lui étaient réputés pouvoir prédire l’avenir.
Nous sommes partis. Nous nous sommes enfoncés dans la forêt. Nous espérions qu’ils comprendraient notre importance : sans nous pour maintenir les conquistadors éloignés, ils étaient voués à la mort. Malheureusement, les conquistadors ont réagis trop vite pour nous. J’étais encore en tête de la marche lorsque les premiers cris se sont élevés. Nous étions trop loin… beaucoup trop loin pour pouvoir arriver à temps.
Pourtant, nous avons essayés. Nous nous sommes transformés, nous avons courut, la peur au ventre, la rage au cœur. Ces cris, nous les avions entendu tant de fois… enfants agonisants, femmes terrorisés, anciens impuissants… Les seuls capables de se battre s’étaient transformés. Et ils étaient tous avec moi.
Lorsqu’enfin nous sommes arrivés, tout le monde était mort ou mourant. Chaska… lorsque je l’ai trouvée, elle m’a suppliée de l’achever. Ce que les conquistadors lui avaient fait… Nous l’ignorions, mais ils savaient où se cachaient les guerriers-totems. S’ils n’avaient pas attaqués jusque-là, c’était justement par peur de nous.
Après ça, nous étions ravagés. Nous nous sommes séparés. Tous rejetaient la faute sur moi, moi qui ai pris la décision d‘abandonner notre clan à son sort. Ils avaient raison. Je suis responsable, et je ne l’ai jamais nié. Certains ont tentés de me tuer sur le champ, par vengeance, par haine, par peine. Gatita m’a défendue alors que j’étais prêt à les laisser m’exécuter. Elle a tenu tête à Castigo… Castigo qui aurait pu la tuer à tout moment.
Ils sont tous partis chacun de leur coté, espérant sauver ceux qui pouvaient encore l’être. Mais la fin de notre clan, la fin de notre village a été le point de départ de la fin de notre peuple. Nous ne pouvions plus rien faire. Les conquistadors ont  continués à avancer, jusqu’à ce que notre peuple ne soit plus.
Tu vois, ce genre de chose n’entre pas dans les livres d’histoire. Et c’est heureux.
Depuis cette époque, Castigo est devenu Castigo. Il continue encore aujourd’hui à traquer et tuer les espagnols, descendants des conquistadors. Il désirait faire un génocide. Malgré l’ampleur de ma faute, j’ai protégé les descendants de nos assassins. Parce qu’ils ne sont pas responsable des fautes de leurs ancêtres.
 A cause de tout ça, les survivants des guerriers-totems me nomment Cobarde. Lâche. Parce que je n’ai pas pu supporter de voir la femme que j’aimais se détourner de moi. Parce que je n’ai même pas eut le courage de rejoindre les Dieux. Je le mérite.
Seule Gatita m’appelle Mi amor. Mais je sais qu’au fond de son cœur, elle m’appelle Cobarde. Je ne sais pas pourquoi elle est encore avec moi malgré mon crime. J’ai été l’instigateur de notre perte. J’ai donné l’espoir à notre peuple et je le lui ai retiré. Je suis un traitre aux miens.
Mon peuple n’est plus, et moi, et nous, guerriers-totem, nous sommes condamnés à vivre éternellement.
Adieu, Sonia. Ces quelques mois que tu m’as donnés ont étés les seuls depuis cinq siècles à me faire un peu oublier mes erreurs passés.
Adieu. »

 

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